Voie, méthode, techniques, principes et Ling
suite et fin

2ème partie

Après avoir présenté les différences entre ces divers termes, je présente ci-dessous quelques exemples, en apportant également quelques précisions.

Pour ceci, je me réfère à la tradition taoïste et sa trousse à outils spirituelle. Mais ces principes sont valables analogiquement pour n’importe quelle voie spirituelle. Il convient juste de transposer selon vos propres boîtes à outils et vocabulaires.


Passons encore une fois en revue les termes en question, en y ajoutant une modalité :

1. La Voie représente le projet global. Celle-ci a un sens, elle est orientée. Elle « aspire » les méthodes et techniques et les oriente, un peu comme un champ magnétique oriente la limaille de fer qui s’en approche, pour lui donner une forme caractéristique.

2. J’introduis un terme supplémentaire ici : l’Art. L’Art est le moyen d’expression et le creuset principal utilisé pour expérimenter et développer le projet principal codé par la Voie. Par exemple, dans le Taoïsme, la Voie est le chemin retour vers le Tao. Mais il y a de nombreux Arts qui peuvent nous le faire expérimenter : le Tai Ji Quan, le Nei Dan (méditation taoïste), la Musique, la Calligraphie, les Rituels, le Qi Gong ou Yang Sheng, etc…
En général, une Voie comporte plusieurs Arts, qui sont choisis en fonction des aspirations et des natures intimes de chacun. Il n’est pas rare que l’on choisisse de pratiquer plusieurs Arts au service d’une même Voie. En principe, quand c’est le cas, et si la Voie est éprouvée et cohérente, alors les Arts se potentialisent et ce qui importe n’est pas forcément d’acquérir une virtuosité dans chacun (même si une virtuosité dans un Art est indispensable), mais le juste équilibre entre chaque Art, avec la conscience qu’ils sont tous au service d’une même Voie. Tant que les Arts restent polarisés par le même « champ énergétique » (ou champ informationnel) issu de la Voie, alors on ne peut pas parler de dispersion, mais au contraire de complexité orientée.

3. Méthodes et techniques : chaque Art comporte un certain nombre de Méthodes. Par exemple, le Tai Ji Quan comporte des échauffements, différentes formes, différentes armes (mains nues, épée, éventail, etc…). Mais c’est de la méditation taoïste, dont je voudrais parler, surtout. Le Nei Dan est un Art. En tant que tel, le Nei Dan (méditation taoïste/alchimie interne) comporte de nombreuses méthodes et techniques. Par exemple, il inclut des techniques respiratoires spécifiques, des positions de mains, une ou des postures, certaines visualisations, et des pratiques spécifiques comme « recueillir le médicament », « former le médicament », « le petit circuit céleste », « l’inversion de l’eau et du feu », etc…


C’est à ce niveau qu’il y a le plus de confusions. On le sait, les chinois ne disent presque jamais non. Ils préfèrent esquiver en général ou trouver une manière de dire non sans dire non. Cette différence culturelle avec nos habitudes occidentales plus directes est importante, car cela a des conséquences dans la transmission des arts taoïstes. Quand les occidentaux ont rencontré les maîtres taoïstes, en leur demandant de leur transmettre leur connaissance, ceux-ci n’ont bien entendu pas voulu leur faire perdre la face. Ils leur ont bien transmis quelque chose.


Mais ils ont trouvé une parade redoutable et invisible à ce que certains ont considéré comme une sorte de pillage culturel : ils ont transmis des techniques, en se gardant bien de transmettre les Méthodes. Ce n’est pas qu’ils ne voulaient pas transmettre leur art, mais ils attendaient, naturellement, d’être sûr que leurs élèves seraient suffisamment engagés avant de transmettre la Méthode, qui seule ouvre la porte à la cohérence globale nécessaire pour engendrer la transformation promise par l’Art au service de la Voie.


Pour donner un exemple : on trouve aujourd’hui en Occident dans presque n’importe quel livre de Qi Gong la technique de « la petite circulation céleste » (circuit énergétique qui monte dans le dos et descends sur la ligne médiane avant et parcourant les deux méridiens Du Mai et Ren Mai). Mais à ce jour, je n’ai jamais vu décrire avec précision ce que l’on reçoit quand on nous transmet la Méthode, c’est-à-dire tous les détails non seulement des différentes modalités de la technique elle-même, mais surtout, son articulation avec l’ensemble de l’Art mis au service de la Voie. Cela inclut les amorces amenant à la technique en question et également les « sorties » de la technique pour aller vers la suite. Mais aussi les préalables nécessaires pour que la technique et ses articulations soient opératives une fois insérées dans l’Art au complet.


C’est une immense différence, qui rend tout son sens à la technique. Attention, précision cependant : une technique peut se suffire parfois à elle-même, à condition de comprendre qu’on la réduit considérablement. Par exemple, le petit circuit céleste, en lui-même, peut-être intéressant : il focalise l’attention, éveille certaines zones corporelles liées à des glandes ou des plexus nerveux et améliore globalement la santé. Oui, mais ce n’est pas foncièrement son but, qui est normalement d’être totalement au service de l’Art et de la Voie, dans le but d’une transformation corps-âme-esprit complète. Une transformation spirituelle radicale. Ce n’est pas du tout la même chose.


Traditionnellement, la transmission des Méthodes se fait « entre quatre oreilles », oralement, à des moments précis de l’année qui sont calculés en utilisant un autre Art issu de la même Voie et donc cohérent avec la Voie en question. L’ensemble des Arts utilisés sont portés par le même champ informationnel, le même champ énergétique, qui est la condition pour atteindre le seuil critique du degré de cohérence nécessaire pour faire apparaître le Ling, l’Efficace spirituel qui assure la Transformation du pratiquant.


C’est la raison pour laquelle il est important d’avoir conscience de la différence entre ces divers termes. Bien compris, ils vous aideront à mettre en place une pratique efficace et surtout à mieux comprendre comment vous mettre en route vers un apprentissage des Méthodes et pas seulement des techniques. Ce qui implique, bien évidemment, un Engagement. Une notion qui tend malheureusement à perdre de son attractivité, à l’heure du zapping, mais qui restera toujours un impondérable de n’importe quel Art et de n’importe quelle Voie authentique.


Bonne pratique !

 


Voie, méthodes, techniques, principes
Quelles différences ?